Histoire de bateaux…

par Sami Boukhelifa (Algérie), Antonino Galofaro et Nicolas Burnens/Photos pour le blog du Festival Interceltique de Lorient tenu par les étudiants étrangers de la 86e promotion de l’ESJ Lille.

Deux vieux bateaux à voiles, une goélette et un ketch, ont pris la place du Belem sur le port de plaisance de Lorient. Entre proue et poupe, le plus vieux, l’anglais, le Bessie Ellen, est hanté. Et le français, Etoile de France, appartient à une entreprise privée qui a remplacé le transport de morues par des opérations événementielles et touristiques. Portrait croisé.

L’Etoile de France (à gauche) et le Bessie Ellen (à droite)

Place aux petits

L’Etoile de France est amarré au port de plaisance de Lorient depuis dimanche 8 août. C’est le cinquième voilier le plus important du pays. Il fait partie de la flotte de l’Etoile Marine Croisières, une compagnie privée.

La goélette joue sur le contraste entre le noir de sa coque et le blanc de ses voiles. Elle cache ainsi bien son âge.

Construite en 1938 au Danemark, elle est un ancien baltic trader, un bateau de commerce. elle convoyait jusqu’à 150 tonnes de sel et de morue entre l’Islande, le Danemark et le Portugal.

Son héritage de convoyeur, l’Etoile de France l’a laissé derrière lui. Une table à manger et un tapis font de ses cales un confortable salon. Le gréement s’est mis à la page : il fait désormais dans l’événementiel. C’est la raison de sa venue au Festival interceltique de Lorient. Deux euros la visite. Quarante pour trois heures en mer.

Aux commandes, Capitaine 500

Il le dit lui-même, il est passé par la petite porte. Pour devenir marin professionnel, le capitaine de l’Etoile de France, Julien Taquin, n’a pas fait d’école marine. Pour lui, lycée maritime d’abord, brevet de marine marchande ensuite.

A 21 ans, l’homme originaire du Havre enchaîne une formation de huit mois pour obtenir le grade de capitaine 200. A 27 ans aujourd’hui, il est capitaine 500. Seul le 200 est nécessaire pour l’Etoile de France.

«C’est un métier passion», explique Julien Taquin. Une expression qui explique pourquoi il tait son salaire. «Comme matelot, on commence avec le SMIC. Puis ce sont des salaires forfaitaires, selon les grades», concède-t-il quand même.

Pour le marin, pas de souci pour l’avenir des gréements. «Mais je souhaite rejoindre la stabilité qu’offrent les bateaux à moteur.» Capitaine sur un navire comme l’Etoile de France est une profession saisonnière. Il conclut : «Je ne suis pas à l’abri de finir sur un voilier.» /AGO

L’âme du Bessie Ellen

«Mon bateau a une histoire. Il a aussi un esprit qui le hante. Son premier capitaine John Chichester a perdu la vie à bord du navire en 1920 et depuis ce temps-là, il veille toujours sur son vieux gréement.»

Nikki Alford, propriétaire du Bessie Ellen


Le Bessie Ellen a été construit en 1904 et mis à l’eau trois ans plus tard par John Withheld à Plymouth. Ses deux filles Ellen et Bessie animent la cérémonie et baptisent le bateau de leurs prénoms.

Originaire du sud de l’Angleterre, le deux-mats transporte sur les flots durant ses premières années l’argile de Cornouailles. Sa calle peut en contenir jusqu’a 150 tonnes.

Après la mort de son capitaine, le navire change de vocation et entame des traversées transatlantiques. La morue salée, en provenance du Canada, et le malte, qu’il livre pour Guinness à Dublin, constituent l’essentiel de son fonds de commerce. En 1947, le navire est vendu à un Danois, le capitaine Mller, qui le garde jusqu’en 1970.

Racheté et restauré au début du XXIème siècle par Nikki Alford, le vieux gréement tente de renouer avec la tradition du transport maritime à voiles. Sa propriétaire livrera en août 2010 plus de 16 000 bouteilles de Bordeaux à Copenhague pour le prince Henrik du Danemark. Elle négocie également avec la marque de cosmétiques naturels française, Yves Rocher, pour la livraison d’algues d’Irlande.

L’année prochaine, le bateau d’origine celtique fournira peut-être le vin du 41ème Festival de la musique interceltique de Lorient.

À sa barre depuis 10 ans !

«Vivre sur un bateau, c’est vivre comme un poisson dans un bocal.» C’est ainsi que Nikki Alford décrit sa vie sur les flots. Originaire de Bodminmoor, dans la campagne de Cornouailles, Nikki tourne le dos à la terre dès son jeune âge et découvre la vie en mer. Matelot Nikki navigue sur des vieux gréements.

Elle acquiert de l’expérience sur les bateaux à voiles avant de passer sur des gros-porteurs et devenir premier officier.

«J’ai passé 26 ans à naviguer sur les bateaux des autres, au bout d’un moment j’ai voulu être à la barre de mon propre navire, alors j’ai acheté le Bessie-Ellen»

Nikki, le capitaine Keith Harris et les cinq membres de l’équipage s’attellent à donner une nouvelle vie dans le commerce maritime au ketch, redevenu anglais en l’an 2000. Mais les vents n’ont pas été favorables jusqu’à présent.

Cependant, Nikki n’est pas inquiète pour l’avenir de son bateau. «L’âme du capitaine John Chichester veille sur le navire sans relâche», dit-elle avec un sourire. /SB

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