A l’heure de la mise en page électronique

Par Nicolas Burnens (Suisse) et Trésor Kibangula (RD Congo) pour le blog du Festival Interceltique de Lorient tenu par les étudiants étrangers de la 86e promotion de l’ESJ Lille.

Deux étudiants étrangers ont passé une journée avec la rédaction du Télégramme Lorient.

10h. A la séance de rédaction du matin du journal Télégramme, les traits des journalistes sont tirés. Les nuits sont courtes, surtout lorsque l’on couvre le festival interceltique de Lorient… « J’ai un fait divers », crie la journaliste stagiaire. Lundi soir, une estrade s’est effondrée d’une quarantaine de centimètres, sans faire de blessés. « On mettra cela sur la page 6 », indique Flore Limentour, la rédactrice en chef du Télégramme-Lorient à sa cheffe d’édition.

Durant le festival, une dizaine de journalistes couvrent la manifestation qui remplit la majorité des dix pages locales quotidiennes. A la séance du matin, les sujets sont distribués aux journalistes, d’autres sont proposés. Les commandes photos sont passées.

« Qui fait le papier sur le prix majoré dans les bars ? », demande Flore Limentour, qui cherche un volontaire.

Un article sur la cornemuse électrique est aussi prévu. À la fin de la séance, la rédactrice en chef propose un sujet sur la langue bretonne aux pages départementales du canard.

14 heures. C’est l’heure de la mise en page.

Les secrétaires de rédaction et les opérateurs techniques entrent en jeu. Peu à peu, les correspondants et les journalistes envoient leurs articles, les photographes, leurs images. Grâce au logiciel ermest, le personnel de rédaction accède directement à l’ensemble du contenu du journal sur l’écran d’ordinateur. Le « rubricage » (découpage en rubriques) leur sert de référence pour insérer chaque article et chaque photo dans la bonne case. De leur côté, les opérateurs techniques, concentrés sur leurs claviers, relisent et corrigent les textes envoyés par les correspondants. L’ambiance reste sereine. On se partage des fruits, on se raconte les faits divers de la vieille.

« L’idée est d’avoir les photos les plus vivantes possibles »

S’il y a bien quelqu’un qui connaît la maquette du journal, c’est Pierre Boucher, 50 ans, secrétaire de rédaction. Il est dans la maison depuis vingt-cinq ans. Il est le seul à porter la cravate. D’un tempérament calme, ce Breton originaire de Landivisiau s’affaire à son poste pour mettre en page les articles réceptionnés.

Avec expérience, il insère, mais relit aussi les textes dans les pages. Il prend quelques secondes pour choisir une photo d’ambiance. Ce n’est pas toujours facile, mais « l’idée est d’avoir les photos les plus vivantes possibles » explique-t-il. Les yeux braqués sur le chemin de fer (la colonne vertébrale du journal), il glisse textes et photos en quelques clics.

« Une fois que je termine la mise en page d’un article, il est enregistré au serveur informatique basé à Morlaix (siège du journal). Il est ensuite relu par la responsable de notre équipe. Ses remarques sont envoyées aux opérateurs techniques qui corrigent alors une dernière fois les papiers » souligne-t-il, tout en mettant en avant l’avantage de la mise en page électronique.

Autant de procédures nécessaires pour un journal sans « coquilles » (fautes). Après plus de deux décennies de métier, Pierre Boucher a connu l’époque de la mise en page dans l’atelier.

« C’était un travail sur de grandes feuilles calques… Une source permanente d’erreurs… ! Ce n’était pas facile de dénicher les fautes ou les coquilles sur les textes. Sans informatique, tous les SR (secrétaires de rédaction) devaient être au même endroit pour surveiller la mise en page. Des photos et des textes étaient dans des processus différents » se rappelle-t-il.

Il a beau être de la vieille école, Pierre Boucher trouve les choses plus simples aujourd’hui. La technologie a du bon. « Nous sommes plus proches des journalistes. La relecture à plusieurs réduit le risque d’erreurs dans les textes» se réjouit-il. Si la méthode à l’ancienne est révolue, c’est sans regrets. Les SR estiment « n’avoir rien perdu.» Au contraire.

21 heures. C’est la « deadline », la date limite du bouclage. Tous les journalistes doivent avoir rendus leurs billets. Les possibles retardataires reçoivent les récriminations des secrétaires de rédaction.

22 heures 30. L’édition est bouclée, souvent dans un stress ambiant au sein des différentes rubriques. « Les cornemuses en liberté » est en tête des pages locales. La journée se termine. C’est à présent aux employés de Morlaix de jouer, au siège du journal pour l’impression. Les abonnés retrouveront Le Télégramme dans leur boîte aux lettres le lendemain matin.

Photos : Nicolas Burnens et Trésor Kibangula.

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