Profession : faiseur de géants

Depuis dix ans, Dorian Demarcq est créateur de ces grands hommes qui animent nos fêtes régionales. Rencontre avec cet artisan atypique dans son atelier de Wazemmes.

 Article rédigé à l’ESJ en session presse écrite en septembre 2010.

En rentrant chez Dorian Demarcq, ce n’est pas vraiment la grandeur des géants, aux membres disproportionnés, ni leurs visages crispés, qui frappe. Non. Ce qui marque, c’est l’histoire qui pèse sur ces murs.  On se sent tout petit face aux géants. Dans l’atelier, il repose le folklore du Nord-Pas-de-Calais et d’une partie de la Belgique : des personnages en osier et en carton symboles de nos fêtes régionales. « Pour moi, l’esthétique des géants est secondaire. Ce qui est intéressant, c’est ce qui se passe autour, ce que les gens organisent pour les mettre en valeur », confesse ce blond de 35 ans, affairé à ranger le bric-à-brac de son atelier, hérité, tout comme sa barbe, des périodes fastes de création. Un peu partout, il y a des outils, des livres, des souvenirs. Il suffirait de fouiner un peu pour trouver des trésors par milliers. Mais pour le moment, c’est la période de la restauration. Les petites imperfections, les petits bobos que les derniers cortèges ont laissé sont rasfistolés. Il y a un bras par-ci, une tête qui traîne par-là.

Si Dorian Demarcq est créateur de géants depuis dix ans, c’est qu’il a su entretenir concentration et précision, deux qualités indispensables pour exercer ce métier si particulier (Photo : Nicolas Burnens)

Un métier exigeant

A la rue Paul-Lafargue, une partie des 400 géants qui peuplent notre région sont nés, voire réssuscités. Alors Dorian Demarcq, papa des géants ? Il rejette cette étiquette. « Les géants ne m’appartiennent pas. Il n’y a pas de signature. Dès que je l’ai construit, ils m’échappent », justifie-t-il. N’empêche, Dorian Demarcq a quelques côtés du « papa-poule » (il est d’ailleurs père de deux enfants). Il faut dire que le métier demande beaucoup d’attention. De la vannerie à la sculpture, il faut être polyvalent, et surtout patient. Mais Dorian Demarcq est un homme qui aime prendre son temps. « Entre les plans, le modelage, la création des costumes, il faut de longs mois pour qu’un géant prenne forme », fait-il remarquer, tout en faisant virvolter la fumée de sa cigarette. Mais derrière son style un peu bohémien, l’artisan a le don de briser les clichés d’un tel métier. Oui, quand il était petit, comme beaucoup d’enfants, Dorian Demarcq était terrorisé par les géants. Mais les construire aujourd’hui ne relevait pas d’un rêve d’enfant, même si il le fait avec passion. « Leur conception est réaliste mais brute et maladroite. Au départ, j’avais une vision poussiéreuse de la chose, confesse-t-il. Il m’a fallu du temps pour me les approprier et me rendre compte qu’ils ont un côté très contemporain ».

Appris sur le tas

Si ce Lillois est aujourd’hui créateur de géants, c’est un peu par hasard. Tout a commencé à Angoulême, lors du festival de la BD. Après des études à l’Esat de Roubais en aménagement d’espaces, il y rencontre Stéphane Deleurence, créateur de géants de son métier. Une collaboration naît entre eux. Son « maître », comme il appelle celui qui lui a transmis le doigté. Depuis, ce passionné de musique a réalisé une trentaine de géants. « J’aime observer comment les gens se l’approprient », justitifie-t-il. De gayant à Douai, en passant par Lyderic à Lille et tous les autres, les géants écument les carnavals, les ducasses et les fêtes. Au file du temps, ils rentrent dans le cœur des gens et constituent le patrimoine d’une ville, d’une localité. La population les chérit, leur consacre des livres et des films. Lorsque les gens meurent, les géants restent. « Ils passent les époques, mais ne disparaissent pas », murmure-t-il. Lui, aussi, un jour, devra transmettre son savoir-faire. Pour que l’histoire perdure.

Comments
One Response to “Profession : faiseur de géants”
  1. Ledoux dit :

    Bonjour

    Je suis née à Douai il y a 35 ans maintenant mais pour des raisons de boulot j’ai grandi avec mes parents à Paris où je suis encore aujourd’hui … pour les mêmes raisons

    Votre article me touche beaucoup car cela me rappelle mon enfance car je passais toutes mes vacances d’été chez mes grands-parents qui habitaient la région … vous m’avez donné envie d’y retourner avec mon fils afin de lui transmettre se souvenir car oui à moi aussi les géants m’ont fait peur :)

    Bonne journée

    Karine

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